Ruppert-Leroy

Tous les vins du domaine

le Champagne vrai

Ruppert-Leroy

Ils nous invitent à nous débarrasser de quelques clichés qui ont vécu, Bénédicte Ruppert et Emmanuel Leroy, sur la Champagne et sur son vin, histoire de retrouver un goût simple pour cette boisson noble qui se vend aux quatre coins du monde dès que le mot festif est prononcé.

Anciens professeurs d'éducation physique, donc arrivés au vin un peu par hasard et sans l'avoir vraiment prémédité de longue date, ils ont été désireux en changeant de vie et en reprenant des vignes familiales, de trouver un modèle d'empreinte écologique durable et rompant avec une production trop tournée vers la chimie. Car agriculture respectueuse du sol et vin à bulles, c'est entièrement compatible.

La parcelle Martin Fontaine...il n'est pas toujours connu des amateurs de Champagne qu'une partie non négligeable de sa production est réalisée dans l'Aube, au Sud de Troyes
La côte des Bar, dans l'Aube
Le domaine est installé sur ce que l’on dénomme la Côte des Bar, au sud de Troyes, à Essoyes, dans l’Aube, village célèbre pour avoir abrité le peintre Auguste Renoir qui y venait en villégiature pour fuir la vie parisienne. On y est beaucoup proche de Chablis, géographiquement d’abord, et géologiquement ensuite (calcaire kimméridgien), que des deux autres grandes zones de production de Champagne, la montagne de Reims et la Côte des blancs, beaucoup plus au Nord, dans la Marne, où prédominent au contraire les sols crayeux.
Belle race bovine à la Bergerie, le lieu-dit du domaine
Un projet complet
Le domaine Ruppert Leroy ressemble à une sorte de phalanstère agricole d’un genre nouveau, à l’écart du village d’Essoyes et à l’abri des regards. Une ferme d’habitation construite en rondins, la présence de quelques vaches, de race à viande, dont le compost organique sert à la fumure des sols (enrichissement en azote), et un potager biodynamique complètent les bâtiments viticoles en une sorte de cercle vertueux.

Le domaine a la chance de ne pas avoir ses parcelles trop dispersées. Les vignes des parents de Bénédicte, éleveurs de moutons dans les années 1980 étaient donc cultivées en viticulture conventionnelle, et leur production était vendue à la coopérative. A l'image de la Champagne finalement, où 80% des viticulteurs au moins, font aujourd'hui commerce de raisin qu'ils vendent aux grandes maisons ou aux coopératives. De fait, on compte relativement peu de récoltant-manipulant vinifiant eux-mêmes. Si seulement 3% des vignerons font l'effort de cultiver leurs vignes en bio ou en biodynamie, ce chiffre est en hausse constante et fait des émules et c'est une bonne chose dans une région qui a été souvent montrée du doigt pour ses excès de pesticides.  

L’humus reflète le caractère vivant de cette parcelle des Cognaux, pleine de vie microbienne et de vers de terre
Les différents terroirs du domaine, une mosaïque de sols vivants
Le domaine s'étend sur 4 ha, ce qui en fait un tout petit acteur de la région. Dès le départ, en 2010, le choix de la conversion en agriculture biologique s’est imposé et Bénédicte et Emmanuel commencent à vinifier eux-mêmes leurs raisins. Ils obtiennent une certification bio en 2013 et se lancent dans le respect des principes de la biodynamie. Leurs raisins sont certifiés Demeter depuis 2014.
Les pinots noirs sur argiles rouges de la Fosse vont entrer dans l’assemblage de la cuvée Fosse-Grely (50% pinot noir 50% Chardonnay) et composer exclusivement la cuvée Papillon (100% pinot noir)
La Fosse
La Fosse d’abord, avec ses argiles rouges, qui reposent sur une dalle calcaire très dure qui percole. Il y a ici 300 rangs de pinots noirs en sélections massales âgées de 30 ans et taillés en cordon et aussi du chardonnay. Le sol y est très fertile lorsqu’il pleut et l’herbe est laissée pour concurrencer la vigne et éviter le mildiou. Les traitements sont faits à base de tisanes et de cuivre pour défendre les vignes contre les maladies cryptogamiques (mildiou et oïdium). La cuvée Papillon est faite de pinots noirs seuls issus de cette parcelle. Chardonnay et pinots noirs sont pressés en même temps le même jour.

Depuis 2015, les précipitations manquent régulièrement en Champagne pendant deux à 3 mois et par voie de conséquence le rendement a chuté de 25%. L'équilibre eau-sol vivant-azote-argile a été fragilisé. Pour y remédier, le domaine ajoute des engrais verts pour éviter que le jus des baies ne soit aspiré par la plante pour s'hydrater. Le regard sur le maintien de l'enherbement a donc évolué, il faut maintenant détruire l'herbe, pour éviter qu'elle ne concurrence la vigne en eau. On ne la laisse se réinstaller qu'en fin de saison pour éviter les pourritures. La forêt de la Côte des Bar qui entoure les parcelles permet la biodiversité (sangliers, oiseaux, insectes...). Les sols sont travaillés au cheval ou au chenillard pour éviter la compaction des sols. Les vignes sont non rognées mais tressées : l'apex, c'est le cerveau de la vigne, si on le coupe, elle veut le refabriquer et ne peut pas se défendre contre les maladies en même temps. Au niveau de la dégustation, l'argile apporte le volume et la dalle calcaire apporte la tension.

Le sol des Cognaux regorge de concrétions compactes formées de petits mollusques marins
Les Cognaux
Les Cognaux est une parcelle de 70 ares faite d’un sol de petits mollusques compactés (coquillages). C’est un ancien terroir marin, entouré maintenant de forêts et la compaction / contraction a créé ce calcaire marin kimméridgien sous les argiles de marnes grises. Les vignes ont des difficultés à croître ici. Le sol est moins collant, mais il sent le champignon, l’humus. Emmanuel y plonge la main qui s’enfonce facilement : « il est vivant, l’humus permet une rétention d’eau de près de 75% de sa masse à la manière d’une graine de couscous ». Les vins ont de la tension héritée du sol. La biodiversité héritée de la forêt empêche certaines complications rencontrées dans la Marne, en particulier le manque de refuge d’oiseaux pour lutter contre certains insectes ravageurs, d’où le recours à des systèmes de confusion sexuelle.
Martin Fontaine
Martin Fontaine enfin est la dernière parcelle visitée, avec 30 rangs et 50 ares loués. Les vignes ont une vingtaine d’années et ici il n'y a que du Chardonnay, c’est plus pentu avec uniquement du calcaire blanc kimméridgien, orientée sud, sud-est.

A l'image du respect des sols, et du respect de la vigne uniquement traitée au soufre, au cuivre et à l'aide de tisanes de plantes (selon les principes de la biodynamie, notamment la bouse et la silice de corne apportées par les animaux de la ferme), le domaine est également le moins interventionniste possible en cave. Les Champagnes Ruppert Leroy expriment un fruit préservé grâce à l'absence totale de sulfitage sur la plupart des cuvées et le choix d'abandonner tout dosage (ajout de sucre).

Cuve à débourbage léger (4 heures), le domaine aime à travailler sur lies

Cuverie du domaine

Essai de vinification (dolia en terre cuite de 600 litres)

Pour la cuvée premiers jours de vendanges

Dégorgeuse